The Beat Konducta / Vol. 1-2 : Movie scenes (Stones Throw, 2006)
En seconde présentation d'AuRelais je vous propose de faire un tour du côté d'un genre musical que l'on disait mort né dans les années 80 et qui perdure encore de nos jours pour le meilleurs comme le pire, le hip hop. J'ai choisi cette semaine un disque instrumental produit par un artiste ultra prolifique sur le label californien Stones Throw.
L'artiste :
Musicien aux alias innombrables, on l'appellera ici Otis Jackson Jr pour utiliser son patronyme civil, il a poussé l'exercice de la multiplicité identitaire très loin en créant, entre autres, un groupe à lui seul appelé le Yesterday New Quintet dans lequel il est en réalité le seul musicien sous différentes pseudonymes : Ahmad Miller (vibraphone), Joe McDuphrey (claviers), Malik Flavors (percussions), Monk Hughes (basse) et Otis Jackson Jr (batterie). Mais au delà du délire schizophrénique du personnage, cet artiste multi-instrumentiste à la production pléthorique, n'en reste pas moins un incontournable du genre loin des clichés gangstas. On pourrait le qualifier de "hardest working man in show business" dans le milieu du hip hop, phrase que l'on utilisait au sujet de James Brown durant les années 70. Impliqué dans ce courant musical depuis les années 90 alors qu'il officie dans la collectif Lootpack en tant que producteur et rappeur, il entame son premier dédoublement patronymique sur l'album Sound pieces : da antidote (Stones Throw, 1999) en y introduisant le personnage Quasimoto The Unseen aka Lord Quas (Quasimoto l'invisible, celui qu'on ne peut voir car fictif), rappeur à la voix nasillarde et filtrée donnant l'impression d'un gamin chantant après avoir inspiré un ballon gonflé à l'hélium. Pour vous donner un aperçu du résultat visionnez le clip vidéo suivant intitulé Come on feet :
Je peux encore palabrer longtemps sur cet artiste hors normes, mais je m'écarte du sujet qui nous intéresse maintenant le premier de ses albums sous le nom de Beat Konducta.
Le disque :
Conçu comme la bande originale d'un film que seul l'auteur connaît, cet album est composé en deux parties. Le volume 1 movie scenes et le volume 2 movie scenes the sequel comprenant un total de 35 plages instrumentales fabriquées à partir de samples d'œuvres musicales commercialisées, d'extraits d'allocutions, de boîte à rythme, de synthétiseurs et de bruits en tous genres. Aux antipodes d'un hip hop largement médiatisé, le Beat Konducta nous emmène dans un univers sonore hautement cinématique aux influences indéniablement black : jazz, soul, funk, électro et rock constitue la hotte de cet "afro père noël". Il distribue généreusement et savamment ses cadeaux acoustiques aux enfants avides d'expériences musicales que nous sommes. En "crate digga" invétéré, littéralement excavateur de caisse (à disques), il nourrit ses compositions de nombreuses références discographiques dont une liste non exhaustive peut-être consulter ici. Ce premier opus d'une série, qui pour le moment compte trois volets (vol. 3-4 : India et vol. 5-6 : a tribute to Dil Cosby suite), atteint son but en nous faisant imaginer un accompagnement visuel et personnel à l'écoute de ce collage sonore complexe et orchestré de main de maître. Oui, vous l'aurez remarqué, je suis fan absolu de ce musicien et sans doute pas très objectif du coup. Le mieux que vous ayez à faire est donc de vous forger votre propre opinion en écoutant ce disque qui pour moi figure dans les perles d'un hip hop contemporain et novateur quittant ses habits stéréotypiques que sont les pétasses, les dents en roro et les grosses caisses...
Drik-C.
Liens :
Un article rédigé en anglais Valeria Velasquez pour Hip hop elements, là.
La discographie impressionnante d'Otis Jackson Jr sous le pseudo Madlib sur Discogs, ici.
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